Comprendre la situation : reconnaître l’aggravation de la dépendance
Vous êtes peut-être en train de constater que votre proche – parent âgé, conjoint, frère ou sœur en situation de handicap – perd de plus en plus d’autonomie. Peut-être qu’il chute désormais plus souvent ? Qu’il boude les repas ? Qu’il n’arrive plus à suivre la conversation, à gérer ses papiers, à prendre ses médicaments ? Ces signes d’aggravation sont souvent difficiles à admettre, mais il est important de les remarquer tôt.
En Gironde comme ailleurs, on estime qu’environ 15 % des personnes de plus de 75 ans vivent une situation de dépendance marquée (INSEE). L’avancée en âge, l’évolution d’une maladie neurodégénérative ou les suites d’un accident peuvent faire basculer rapidement la situation familiale. Dans ces moments, il est normal de se sentir perdu, découragé, démuni devant ce qui se passe à la maison.
Identifier les besoins : faire le point sur la situation
Avant d’entreprendre des démarches, il est utile de faire le point : qu’est-ce qui a changé ces dernières semaines ? Quels actes de la vie quotidienne deviennent impossibles sans aide ?
- Mobilité (chutes, difficultés à se déplacer)
- Toilette et habillage
- Repas (préparer, manger, perte d’appétit)
- Gestion du traitement médical
- Orientation, mémoire et vigilance
- Sociabilité (isolement, refus de voir du monde)
Notez précisément les évolutions : cela vous permettra d’être plus efficace lors de vos futurs contacts avec les professionnels (médecin, infirmier, assistante sociale).
Faire le premier signalement : par qui et comment en Gironde ?
Face à une aggravation de la dépendance, il est utile de solliciter en priorité le médecin traitant. Il pourra évaluer la situation, prescrire éventuellement un passage d’infirmier(e), demander un bilan à domicile par le service de soins infirmiers (SSIAD), ou orienter vers un gériatre ou la plateforme territoriale d’appui (PTA 33).
En Gironde, le Département centralise l’essentiel des demandes d’aides pour les personnes âgées de plus de 60 ans ou en situation de handicap. Selon la nature des difficultés, orientez-vous vers :
- Le Service Autonomie du Département (pour l’APA – Allocation Personnalisée d’Autonomie, services à domicile, entrée en EHPAD)
- La Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH 33), pour les personnes en situation de handicap avant 60 ans, ou ayant besoin de la Prestation de Compensation du Handicap (PCH)
Un point central : il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation devienne critique pour signaler une aggravation. Au contraire, anticiper permet parfois d’éviter des hospitalisations d’urgence.
Mettre à jour les dossiers administratifs : un geste essentiel
Lors d’une aggravation, beaucoup de familles pensent d’abord à faire venir plus d’aide, mais oublient que toutes les prestations (APA, PCH, aides ménagères) doivent être réévaluées en fonction du nouveau niveau de dépendance. Parfois, il s’agit d’une question de quelques mois, mais les conséquences financières ou d’accompagnement peuvent être majeures.
Procédure pour l’APA (personnes de plus de 60 ans)
- Contactez la Maison du Département de proximité ou appelez le 3977 (plateforme d’écoute dédiée aux aidants en Gironde)
- Demandez une réévaluation de la situation (vous pouvez joindre le certificat médical du médecin traitant, détaillant l’aggravation récente)
- L’équipe médico-sociale du Département viendra faire une visite d’évaluation à domicile (délai habituel : 2 à 8 semaines selon l’urgence – source : Conseil Départemental de la Gironde)
Prévoyez la liste des difficultés rencontrées, les factures des aides déjà présentes, et le détail de ce qui coince au quotidien. La clarté du dossier accélère la prise en charge.
Procédure auprès de la MDPH (personnes en situation de handicap)
- Contactez la MDPH Gironde (site internet, formulaire en ligne ou dossier papier disponible en mairie ou en Maison du Département)
- Demandez la révision du taux d’incapacité et de la Prestation de Compensation (PCH)
- Un certificat médical détaillé est indispensable ; n’hésitez pas à demander au médecin une description précise des changements observés
Il est normal de trouver ces démarches longues et fastidieuses. Pour information, le délai de traitement de la MDPH 33 est d’environ 4 à 6 mois pour les réévaluations complexes. Soyez persévérant, car un refus ou une absence de réponse n’est pas rare au premier envoi, mais il existe des voies de recours (recours gracieux, médiation).
Réagir vite : organiser la prise en charge à domicile ou ailleurs
L’aggravation de la dépendance impose parfois de reconsidérer l’aide à domicile. À ce stade, plusieurs options existent :
- Demander une augmentation des heures d’aide à domicile : l’APA, la PCH ou l’aide sociale du CCAS peuvent financer des heures supplémentaires d’aide-ménagère, de garde de nuit ou d’auxiliaires de vie. Le Département de la Gironde donne la liste des services autorisés sur son site.
- Faire intervenir un service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) : prise en charge médicale, toilettes, prévention des chutes. Prescription médicale obligatoire.
- Recourir à un accueil temporaire en établissement : beaucoup d’EHPAD ou de résidences autonomie proposent des séjours temporaires, pour souffler ou en attendant une place définitive. À signaler : le Département de la Gironde finance certains accueils temporaires (source : https://www.gironde.fr/ personnes-agees/accueil-temporaire)
Préparer la transition, particulièrement en urgence, n’est jamais simple. N’hésitez pas à solliciter le service social de l’hôpital si une hospitalisation a eu lieu récemment : il peut aider à “fluidifier” les démarches.
Entrée en établissement : comment envisager ce passage en Gironde
Il arrive qu’à un certain niveau de dépendance, le maintien à domicile ne soit plus possible ou plus sécurisant. La question de l’entrée en EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes), ou en résidence autonomie, se pose.
- Commencez l’orientation auprès d’un Point d’Information Local : en Gironde, c’est le CLIC (Centre Local d’Information et de Coordination) qui accompagne gratuitement dans les recherches et démarches.
- Pour demander une place en EHPAD en Gironde, le dossier unique d’admission (national, téléchargeable sur le site gouvernemental ou en établissement) doit être rempli avec toutes les pièces justificatives (pièce d’identité, certificat médical, impôt, attestation de droits à l’APA).
- Côté tarifs, selon la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie), le coût moyen mensuel d’un EHPAD en Nouvelle-Aquitaine est de 2 200 € (source : CNSA, rapport 2023, lien), mais en Gironde, on observe des différences sensibles selon les établissements publics, associatifs ou privés. Les aides (APL, allocation logement, aide sociale à l’hébergement) sont à solliciter au même moment pour éviter tout retard de paiement.
Prendre une décision d’entrée en établissement n’est pas synonyme d’échec. Beaucoup de familles en Gironde témoignent que la qualité du lien et la sécurité s’améliorent, une fois la période de transition passée.
Aller plus loin : aides psychologiques et démarches pour les aidants
L’épreuve de l’aggravation ne touche pas que la personne concernée. Les aidants aussi ont besoin d’être accompagnés psychologiquement et matériellement.
- Les pôles de répit pour les aidants : en Gironde, plusieurs lieux (Bordeaux, Libourne, Arcachon…) offrent des rencontres, groupes de parole, ateliers prévention, temps de répit. Consultez les coordonnées sur France Alzheimer Gironde ou sur le site de la Fédération APAJH Gironde.
- Le congé proche aidant: si vous travaillez, ce congé existe pour vous permettre de suspendre temporairement votre activité, avec une allocation de la CAF (d’environ 62 € par jour en 2024, selon la caisse d’allocations familiales).
- Les plateaux territoriaux d’appui (PTA 33) peuvent conseiller, orienter, aider à trouver les ressources les plus adaptées. Appelez-les si besoin de soutien multidisciplinaire (médical, psychologique, social).
Il n’est jamais trop tôt pour demander de l’aide, y compris pour vous. La traversée de ces périodes peut peser lourdement sur la santé et le moral : ce n’est pas une faiblesse de solliciter d’autres personnes ou associations du 33.
Des ressources locales utiles pour ne pas rester seul en Gironde
- CLIC Gironde (Points d’Information locaux) : annuaire par secteur
- Numéro d’urgence 3977 : écoute et conseils pour les aidants, signalement de situations inquiétantes
- Lignes d’écoute spécialisées : Plateforme téléphonique France Alzheimer Gironde, lien
- Association Inter-Culturelle de Soutien aux Aidants (AICSA 33) : accompagnement social, médiation
- MDPH Gironde : site dédié, formulaire de contact, accueil téléphonique
- Conseil Départemental – Service Autonomie : accueil physique dans chaque Maison du Département, information sur les aides et structures agréées
Gardez en tête : chaque pas compte
L’aggravation d’une dépendance provoque souvent un sentiment d’impuissance. C’est fréquent, en Gironde comme ailleurs, de se sentir isolé face à cette avalanche de démarches. N’hésitez pas à avancer petit à petit : un appel, un dossier, un rendez-vous. S‘appuyer sur les professionnels, c’est se permettre de redevenir fils, fille, époux, sans porter tout le poids administratif en plus de l’inquiétude. Les relais existent, même si le parcours vous paraît labyrinthique.