L’aide sociale à l’hébergement (ASH) : de quoi parle-t-on exactement ?

L’ASH est une aide mise en place par le Conseil départemental, pour permettre aux personnes âgées ou adultes en situation de handicap de payer l’hébergement en établissement lorsque leurs revenus ne suffisent plus.

  • En Gironde, c’est le Département qui instruit et décide l’attribution de cette aide.
  • L’ASH concerne principalement les EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), les résidences autonomie, et certains foyers pour adultes handicapés.
  • L’aide est attribuée sous conditions de ressources.

À retenir : moins de 10 % des résidents en EHPAD en France bénéficient de l’ASH, mais ce chiffre monte à 25 % dans certains territoires ruraux (source : CNSA). En Gironde, selon les derniers rapports du Département, plus de 4 500 places bénéficient d’un financement via l’ASH, tous établissements confondus.

Qui peut demander l’ASH ? Quelles sont les conditions en Gironde ?

  • Avoir plus de 60 ans (ou plus de 65 ans, selon la structure) pour les personnes âgées, ou être reconnu adulte handicapé via la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH).
  • Résider légalement et de manière stable en France.
    • En Gironde, il faut avoir vécu plus de trois mois dans le département avant la demande, sauf situations d’urgence.
  • Avoir des revenus insuffisants pour couvrir les frais d’hébergement.
  • Vivre ou être accompagné dans un établissement habilité à recevoir des bénéficiaires de l’aide sociale (à vérifier lors du choix de la structure).

L’ASH n’est pas rétroactive : elle débute le mois qui suit le dépôt du dossier complet auprès du Département.

Justificatifs à préparer

  • Pièce d’identité, justificatif de domicile en Gironde
  • Bulletins de pension, justificatifs de revenus : pensions, retraites, rentes…
  • Quittance du dernier loyer ou attestation d’hébergement
  • Attestation d’admission en établissement
  • Justificatifs de patrimoine (livrets, assurances-vie, biens immobiliers, etc.)

Que finance l’ASH précisément ? Ce que l’aide sociale prend en charge

  • Frais d’hébergement “socle” en EHPAD (pas les services en supplément comme la coiffure, les sorties ou certaines animations spécifiques). Les tarifs sont encadrés par le Département.
  • Part individuelle restant à la charge du résident : le Département laisse, quoi qu’il arrive, un “reste à vivre”, fixé à 119 € minimum par mois en 2024 (montant national).
  • Pas les frais médicaux (relevants de l’Assurance Maladie et de la mutuelle), ni la partie dépendance couverte par l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA).

En Gironde, tous les établissements ne sont pas habilités à recevoir l’ASH. Un tiers des EHPAD du département peuvent accueillir systématiquement des bénéficiaires de l’aide sociale. Il est conseillé de vérifier, d’emblée, le statut de la structure envisagée.

Vos droits en tant que famille ou bénéficiaire : protections et garanties

Le droit à l’information claire

Tout établissement habilité doit afficher clairement :

  • Ses tarifs.
  • Le pourcentage de places réservées à l’ASH.
  • Son habilitation à recevoir des bénéficiaires de l’ASH.

En Gironde, la plateforme d’information du Conseil départemental permet de vérifier la liste des établissements habilités (source).

L’absence de récupération sur le vivant du bénéficiaire

  • L’ASH n’entraîne aucune obligation de remboursement du vivant de la personne accueillie. Une récupération des sommes versées peut toutefois être exercée après décès, mais seulement si le patrimoine net successoral dépasse un certain seuil (39 000 € en 2024).

La protection du “reste à vivre”

Même en cas d’aide sociale, le résident garde chaque mois une somme minimale pour ses dépenses personnelles (coiffeur, timbres, vêtements, etc.). Cette protection est strictement respectée par les établissements habilités.

Le droit au recours

En cas de refus de l’ASH ou de désaccord sur le montant alloué, un recours peut être exercé, d’abord auprès du Conseil départemental, puis, si nécessaire, devant le tribunal administratif. Il est possible de se faire aider par une assistante sociale à chaque étape.

Les obligations du bénéficiaire et de sa famille : la question de l’aide et de la solidarité familiale

La participation obligatoire du résident

Le bénéficiaire doit consacrer l’ensemble de ses ressources (moins le “reste à vivre”) à son hébergement en priorité. Le Département complète pour arriver au coût réel de l’établissement.

Les prestations sociales comme l’APA “hébergement” ou l’Allocation Adulte Handicapé sont prises en compte, sous conditions.

L’obligation alimentaire : une spécificité française, parfois méconnue

C’est là que beaucoup de familles tombent des nues. L’article 205 du Code civil prévoit une “obligation alimentaire” entre ascendants et descendants (enfants, petits-enfants, gendres ou belles-filles sous certaines conditions).

  • Concrètement, le Département étudie la situation des enfants avant d’attribuer l’ASH. Un questionnaire est envoyé à chaque “obligé alimentaire”.
  • La participation demandée dépend du niveau de vie, mais en Gironde, elle reste plafonnée et tient compte de la composition familiale et de vos autres charges (logement, enfants à charge, crédit, etc.).
  • En 2024, le Conseil départemental de la Gironde intègre les situations particulières (divorce, chômage, santé…) et peut exonérer certains obligés en cas de difficultés avérées.

À savoir : refuser de payer l’obligation alimentaire sans motif peut entraîner un recours devant le juge aux affaires familiales. Mais dans la pratique, le dialogue avec la commission départementale permet souvent d’aménager la participation, voire de l’annuler dans les situations difficiles (précarité, relations rompues avérées, etc.).

Il existe d’ailleurs une charte éthique sur la solidarité familiale, consultable sur le site du Département, qui précise que “nul ne peut être privé de l’ASH au seul motif qu’un enfant refuse de payer sans justification grave.”

Procédure : comment faire votre demande d’ASH en Gironde ?

  1. Retirer un dossier auprès du Centre communal d’action sociale (CCAS) de la commune du domicile du bénéficiaire, ou remplir le formulaire en ligne sur le site du Département.
  2. Préparer tous les justificatifs de ressources, d’identité et d’hébergement.
  3. Envoyer le dossier complet à la mairie ou directement au service d’aide sociale du Conseil départemental si la commune ne dispose pas de CCAS.
  4. Recevoir l’accusé de réception du dossier : à partir de ce moment, un instructeur prend contact pour vérifier les informations fournies et lancer l’étude auprès des “obligés alimentaires”.
  5. Attendre la décision du Département. Le délai moyen d’instruction est d’environ 3 mois en Gironde (source : Conseil départemental), mais cela peut prendre plus de temps lors de périodes chargées (vacances scolaires, fin d’année…).

Si urgence : entrer en EHPAD sans attendre ?

Certains EHPAD de Gironde acceptent une entrée “sous réserve d’acceptation de l’ASH” ; il faut alors déposer un dossier en précisant la situation d’urgence (placement après hospitalisation, isolement...). L’accompagnement par un(e) assistant(e) social(e) facilite souvent la démarche et le suivi du dossier.

Où se renseigner, à qui s’adresser en Gironde ?

  • Service Solidarités du Département : le 0 800 002 009 (appel gratuit), ouvert du lundi au vendredi.
  • Centres locaux d’information et de coordination (CLIC) : ils accompagnent gratuitement les familles dans la constitution du dossier. Il en existe 13 en Gironde.
  • Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH 33) pour les démarches liées au handicap.
  • Associations d’usagers et de familles telles que France Alzheimer Gironde ou l’UDAF, qui proposent des permanences d’accueil et des informations sur les droits.

À retenir pour les aidants : mieux comprendre pour mieux accompagner

Demander l’ASH n’est jamais anodin, ni simple sur le plan émotionnel. Il faut jongler avec la culpabilité, les inquiétudes, l’administratif, parfois les tensions dans la fratrie. Pourtant, cette aide, lorsqu’on y a droit, peut vraiment soulager et ouvrir un avenir plus serein — pas seulement pour le proche concerné, mais aussi pour ceux qui soutiennent au quotidien.

Il ne faut pas hésiter à solliciter les travailleurs sociaux du secteur, les assistantes sociales hospitalières (en cas d’urgence ou de retour à domicile impossible), ou les associations de familles qui s’entraident pour accélérer les démarches et répondre à toutes les questions sur les obligations, les recours et la solidarité familiale.

En Gironde, le réseau associatif et institutionnel autour de l’accompagnement du grand âge et du handicap est riche. Il reste à votre disposition pour vous épauler dans les moments décisifs. Il n’y a pas de question bête — et il est normal de ne pas s’y retrouver du premier coup.

Pour aller plus loin, la Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des malades Alzheimer (MAIA) Gironde offre également des consultations gratuites pour aider à bâtir un parcours résidentiel adapté et serein.